Liberté, Égalité, Fraternité. La France aime les promesses. Et je ne dis pas ça avec cynisme. Une partie des promesses se réalise réellement quand on y met du temps, des moyens, et de la constance.
Mais il y a un mur qu'on regarde trop rarement en face : que fait-on quand la société n'est pas prête, ou plutôt quand nos règles, nos conventions et nos procédures font barrage ? À ce moment-là, le progrès n'est plus une question d'intention. C'est une question de pilotage.
On parle beaucoup de "résultats". Mais définir le résultat attendu est parfois plus compliqué que de le mesurer. On dit que poser la bonne question est la moitié de la solution.
Commençons par se mettre d'accord sur l'idéal. Et cet idéal, la France l'a déjà. Il est écrit partout, mais on l'utilise trop souvent comme un symbole plutôt que comme une boussole : Liberté, Égalité, Fraternité.
Si on le prend au sérieux, alors il doit guider nos arbitrages.
Liberté, ce n'est pas seulement la liberté au sens politique. C'est aussi la liberté de construire sa vie sans être prisonnier d'un labyrinthe administratif. À partir de quel moment la complexité devient une atteinte à la liberté ? Quand les délais, les pièces, les renvois, les statuts, les guichets finissent par décourager avant même d'avoir commencé.
Égalité, ce n'est pas l'égalité des intentions. C'est l'égalité des chances réelles. Et là, l'éducation est le cœur du réacteur. Sur PISA 2022, la France est autour de la moyenne OCDE (maths 474, lecture 474, sciences 487). Ce n'est pas un "verdict". C'est un signal : on ne peut pas empiler des réformes sans tenir une trajectoire claire sur les apprentissages et surtout sur la réduction des écarts.
Fraternité, enfin, c'est ce qui rend l'effort collectif acceptable. Donc l'impôt, donc la solidarité. Mais la fraternité se fragilise quand l'argent public est perçu comme opaque, et quand les arbitrages sont repoussés. En 2024, les dépenses publiques sont autour de 57 % du PIB, et le déficit est à 5,8 %. Quand on est à ce niveau, la question n'est pas "plus ou moins d'État". La question devient : "est-ce qu'on sait prouver ce qui marche et arrêter ce qui ne marche pas ?"
Et au milieu de tout ça, il y a l'emploi, et surtout l'entrée dans la vie active. En 2024, le chômage des 15-24 ans est à 18,8 % (au sens BIT, parmi les jeunes actifs). Ça ne résume pas toute la réalité des jeunes, mais ça rappelle une chose : l'insertion reste un sujet structurel, et on ne peut pas le traiter éternellement par empilement de dispositifs.
Au fond, ce que je souhaite n'est pas une réforme "plus dure". C'est une réforme plus honnête : un cap clair, quelques priorités assumées, des indicateurs publics, et la capacité de corriger vite.
Liberté, Égalité, Fraternité. Pas comme une devise. Comme un contrat de société.