Il y a des idées qui naissent avec de bonnes intentions — et qui finissent par menacer ce qu'elles prétendaient protéger.

L'Union européenne s'apprête à voter une loi appelée Chat Control, visant à détecter automatiquement les contenus pédopornographiques dans toutes les messageries, y compris celles chiffrées. Sur le papier : protéger les enfants. Dans la pratique : ouvrir la porte à une surveillance massive et permanente des communications privées.

Chaque message, chaque photo, chaque mot échangé pourrait être analysé, scanné, évalué par un algorithme — avant même d'être envoyé.

Le chiffrement de bout en bout deviendrait une fiction. Et avec lui, la liberté de penser, d'écrire, de douter, de créer — tout ce qui fonde une société libre.

Si l'on considère que la promulgation d'une telle loi va empêcher une poignée de délinquants d'agir, alors qu'elle prive des millions de citoyens de leur intimité et de leur confiance dans le numérique — quelle différence reste-t-il avec l'Inquisition ?

Elle aussi prétendait purifier le mal. Elle aussi surveillait les âmes au nom du bien commun.

La technologie peut protéger, mais elle peut aussi asservir. Tout dépend de qui la contrôle, et dans quel but.

Une société qui veut tout prévenir finit par tout interdire. Le vrai courage politique ne consiste pas à sacrifier la liberté au profit de la peur — mais à défendre la liberté malgré la peur.